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Victor Frankl, trouver du sens à sa vie

Viktor Frankl (1905-1997)

Ce professeur  de neurologie et de psychiatrie autrichien a créé une nouvelle thérapie, la logothérapie, considérant qu’il y a chez l’humain un besoin de sens qui, quand il vient à manquer, est facteur de souffrance.

Né à Vienne dans une famille juive, il s’intéresse très jeune à la psychanalyse et entrera en contact avec Freud dès son adolescence. Il entretiendra d’ailleurs avec lui une longue correspondance. A seize ans, il donne déjà sa première conférence sur le thème : « À propos du sens de la vie » ; il devient à cette même époque membre actif des jeunes travailleurs socialistes. Après de brillantes études de médecine, il fréquente les cercles proches d’Adler même s’il en sera rapidement exclu. En 1931, il suit une formation en neurologie et psychiatrie, et travaille à l’hôpital psychiatrique de Vienne. Il commence à mettre au point sa propre démarche thérapeutique, la Logothérapie. Au moment où les nazis prennent le pouvoir en Autriche, il refuse, au risque de sa vie, d’euthanasier les malades mentaux, et établit de faux diagnostics pour les sauver. Durant cette période, il commence la rédaction d’un de ses livres clé : Le docteur et l’âme.

Il se marie en 1941 et est déporté en 1942, avec toute sa famille, dans de camp de concentration de Theresienstadt, puis d’Auschwitz. Il s'étonne du fait que les plus robustes y sont les premiers à mourir, là où les plus faibles, peut-être parce qu’ils avaient développé une vie intérieure et possédant peut-être la capacité de « questionner le sens », vivent plus longtemps. Ses parents et sa femme y trouveront la mort. Délivré par les Américains, apprenant la disparition de toute sa famille, il va dicter sans relâche pendant neuf jours, malgré son épuisement, un livre expiatoire, qui connaîtra un énorme succès : « Un psychiatre déporté témoigne ».

Après la guerre, Frankl devient directeur de la polyclinique neurologique de Vienne, poste qu’il occupera pendant 25 ans. Il se remarie, et en 1948, passe son doctorat de philosophie et publiera un livre sur le travail réalisé, « Le Dieu inconscient ». Il donne des conférences dans le monde entier, notamment aux Etats-Unis où il crée en 1970, le premier institut de logothérapie au monde (A San Diego en Californie). Il existe aujourd'hui de tels centres dans une trentaine de pays, même si son œuvre est relativement peu connue en France.

S’il a été influencé par la psychanalyse, il s’est à la fois éloigné de l’étiologie sexuelle des névroses de Freud et de la volonté de puissance sur laquelle insiste Adler. Frankl met en avant chez l‘homme « une volonté de sens », son besoin essentiel selon lui n’étant ni la satisfaction sexuelle ni l’affirmation de soi, mais cette recherche d’un sens à l’existence. « Je parle de “recherche d’un sens à la vie” par opposition au principe de plaisir sur lequel est fondée la psychanalyse freudienne, ainsi qu’à la volonté de puissance qui est au centre de la psychologie adlérienne. » (Découvrir un sens à sa vie).

Chaque sujet doit trouver sa propre raison de vivre, une raison qui lui est propre, dans le cas contraire il risque de souffrir : « Le vide existentiel peut prendre plusieurs aspects, explique Frankl. La recherche d’un sens à la vie est parfois remplacée par la recherche du pouvoir, incluant sa forme la plus primitive, soit le désir de gagner toujours plus d’argent. Dans d’autres cas, c’est la recherche du plaisir qui y est substituée. C’est pourquoi la personne qui souffre de frustration existentielle essaie parfois de compenser le vide qu’elle éprouve en recherchant les plaisirs sexuels. » (Découvrir un sens à sa vie). Frankl considère l'homme comme une totalité à trois dimensions : physique-psychique-spirituelle. En conséquence, le thérapeute ne peut uniquement considérer l’entité psychosomatique constitué par son patient, il devrait également se tourner vers son inconscient spirituel. D’autant que selon lui, la dimension spirituelle n’est pas susceptible d’être atteinte par la pathologie (cette spiritualité ne se limitant pas à la dimension religieuse du spirituel).

En plus d’une pratique clinique singulière – il privilégie par exemple l’humour afin de prendre un peu de recul par rapport à une situation -, Frankl apporte également un autre regard sur la souffrance : on ne peut échapper à l’expérience du vide existentiel, ni à l’absurdité du monde – cette névrose sociogène étant appelée névrose noogène. La névrose noogène est la névrose collective du monde moderne, ses matrices étant le conformisme (qu’il définit comme une « normopathie » douce) ou le totalitarisme (qui est une « normopathie » brutale). La souffrance psychique est alors la conséquence d’une civilisation qui a perdu sens. Pour lui, lorsque l’on traite un individu, on traite également un des aspects du corps social. Il parle de psychologie des hauteurs, qu’il distingue donc de la psychologie des profondeurs, les deux étant complémentaires. La quête de sens permet de se proposer un but et de s’en approcher par étapes successives. Pour Frankl, il existe trois sources de sens : en s’engageant pour une cause (ethos), en se consacrant à une relation privilégiée (eros) ou en faisant une œuvre (pathos). Elles donnent les moyens d’une percée, la possibilité de s’arracher à la situation, à la contingence et d’accéder à une transcendance.

A lire :

 « Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie », de Viktor Frankl (Éditions de l'Homme, 2006). Un texte fondamental présentant les grandes lignes de sa théorie.

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